Commencée en 1840, la muraille bastionnée entourant Paris, dite “enceinte de Thiers”, constitua pendant 80 ans la limite visuelle, fiscale et militaire de la toute proche banlieue parisienne dont faisait partie Saint-Ouen. Edifiée sur la proposition du ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers, elle était sensée répondre, à la veille du conflit qui allait opposer la France à la Prusse, au souhait de Vauban, qui était resté sans effet : faire de la capitale une ville forte. La Révolution, puis Napoléon, pour s’opposer à plusieurs menaces d’invasion, tentèrent, tour à tour, de combler cette carence en faisant disposer des “redoutes”, petits ouvrages en terre, sur les hauteurs de Nogent, Belleville, Saint-Denis, Montmartre ou transformer le mur fiscal des “Fermiers Généraux” en “enceinte de sûreté”. Mais le secteur Ouest, toujours insuffisamment fortifié, laissa s’infiltrer les Anglais et les Prussiens de la coalition. Il fallut attendre la séance de la Chambre des Députés du 1er février 1841 pour qu’un crédit de 140 millions de francs soit voté et rende officiels les travaux commencés en réalité en septembre 1840 sous la direction des généraux Dode de la Brunerie et Vaillant.
Achevé fin 1845, le système fortifié comprenait une enceinte continue terrassée et bastionnée de type Vauban, décrivant autour de Paris une vaste circonférence de 34 kilomètres hérissée de 94 bastions (ouvrage de fortification possédant deux faces, deux flancs maçonnés et une gorge d’entrée, ils peuvent être “pleins”, c’est-à-dire que leur terre-plein contourne simplement les parapets) reliés les uns aux autres par des “courtines” (murs de fortifications continus) ouvertes de loin en loin par des “portes défensives”.
Cette longueur exceptionnelle pour une enceinte de ville, englobait une superficie de 7802 hectares pour une population de 1 900 000 âmes en 1870. L’enceinte était en outre protégée par 16 ouvrages extérieurs casematés (forts) bastionnés de type Vauban également à Aubervilliers, Saint-Denis, Suresnes (Mont Valérien), etc. Déclassée depuis 1883, l’enceinte fortifiée fut rachetée par la ville de Paris pour la somme de 100 millions de francs. La loi du 19 avril 1919 prononça son arasement. Le premier coup de pioche fut donné porte de Clignancourt par le président du Conseil municipal et le Préfet de la Seine et les démolitions s’étalèrent avec plus au moins de rapidité jusqu’en 1929 laissant une large zone de terrains qui garderont jusqu’en 1940 un aspect souvent assez pittoresque. Il ne subsiste de cette fortification géante que peu de traces : un pan de mur du bastion 28 porte de la Villette, deux bastions boulevard Poniatovski et un bastion et demi porte de Clichy, ainsi que la poterne des Peupliers.
Fortification face au bd Lannes. Vue prise au début du siège de 1870 des toits de la gendarmerie enserrant le bastion 56. Au 1er plan, le dessus du bastion 56 et son canon, au second plan, le bastion 7, son escarpe, son fossé, la contre escarpe en terre coulante, le chemin de ronde et le glacis sur lesquels tous les arbres du bois de Boulogne ont été sectionnés pour dégager le tir et le regard.
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La ballade des “fortifs”de Saint-Ouen Nous effectuerons notre promenade depuis la limite actuelle Est de notre commune qui nous sépare de Saint-Denis jusqu’à celle de Clichy. La zone fortifiée, ou zone militaire, s’étendait sur 140 m, du milieu du boulevard Ney et Bessières aux rues Jean-Cocteau, F.-de-Croisset, René-Binet, Henri-Huchard, André-Brechet et place Arnault-Tzanek. Sur cet espace, courtines et bastions (le rempart) sont directement protégés par un large obstacle (le fossé, large de 40m en général et de 20m devant les bastions) ; le talus du fossé soutenant le rempart (l’escape) et protégé par un mur de maçonnerie de 10m de hauteur. Le talus opposé (la contrescarpe) en pente de 45° est une simple butte gazonnée dont le sommet (la crête) est à la même hauteur que le mur d’escarpe. A mi-hauteur de la contrescarpe un “chemin couvert” permet la circulation des défenseurs à l’abri des vues ennemies. Au delà de la crête de la contrescarpe, vers la campagne, donc vers Saint-Ouen, s’étale un “glacis”, légère pente masquant le chemin couvert et l’escarpe. Au-delà du pied du glacis la zone non aedificandi s’étalait sur 250m jusqu’aux façades des rues du Professeur Gosset, J.-H.-Fabre, du Dr Babinski, T.-Lautrec, Fructidor, Floréal. Cette limite est celle du Sud de Saint-Ouen depuis le 27 juillet 1930. Elle faisait perdre à la localité 55ha 40a, sur lesquels vivaient 3.298 habitants. Le bastion 35 et les différentes limites sud-est de Saint-Ouen De 1840 à 1845, en pleine campagne, le bastion 35 s’implante à cheval sur les territoires de la Chapelle et Montmartre. Sur l’ensemble du parcours de la fortification, Paris rejoint la limite du pied du glacis le 1er janvier 1860 (loi d’annexion promulguée le 3 mars 1859). Cette date fait perdre à la Chapelle et Montmartre le tiers Nord de leur territoire. Saint-Ouen est amputée de son extrémité sud mais récupère en dédommagement la partie tronquée Montmartroise. De ce fait, la limite Est de Saint-Ouen est repoussée jusqu’à la partie Ouest de la voie ferrée des terres extérieures de la Chapelle. Ainsi, le bastion 35 et la porte des Poissonniers se retrouvent sur le territoire de Saint-Ouen et cela jusqu’à l’annexion de 1930. En 1939, par l’arrêté préfectoral du 20 avril, Saint-Ouen perd ce qu’il avait reçu du village de la Chapelle au profit de Saint-Denis. En dédommagement, cette dernière restituait à Saint-Ouen la partie du cimetière Parisien à l’Est de l’ancien tracé du chemin des Poissonniers. C’est pourquoi la limite actuelle de Saint-Ouen passe par l’axe de cette rue. Le 35 était un grand bastion vide de 207m de flanc à flanc. Il était situé à l’extrémité Est du grand terrain occupé par l’ancienne caserne de Clignancourt construite en 1909. Les terrains “non aedificandi” de Saint-Ouen qui s’étendaient face à ce bastion se nommaient “Les Graviers”, c’est aujourd’hui le stade des Poissonniers.
Ce plan montre l’état des communes de Saint-Ouen, de Saint-Denis, de Montmartre et de La Chapelle au moment du passage de l’enceinte bastionnée. Le “mur des Fermiers généraux” est encore en fonction. La ligne rouge figure la limite du décret du 1er novembre 1859 ; les croix rouges, la limite du décret du 27 juillet 1930. |
La porte des Poissonniers Le Bastion 35 ayant coupé le chemin qui permettait d’acheminer le poisson pêché dans la mer du Nord aux Halles de Paris, on ouvrit une poterne dans la courtine 34-35 près du chemin de fer de La Chapelle (ou du Nord, inauguré en 1846). Plus tard, en 1860, on ouvrit à travers la face Est du bastion 35, une porte dite aussi “des Poissonniers” plus directe et beaucoup plus commode pour la route du poisson. La porte ou poterne des Poissonniers était située à l’extrême sud de l’actuelle avenue de la Porte des Poissonniers. Cette avenue, jusqu’au 21 juillet 1930, était entièrement sur le territoire de Saint-Ouen. L’année 1860 fut également celle du déplacement de l’Octroi du mur des Fermiers Généraux aux portes de l’enceinte. Sur l’initiative du maire de Saint-Ouen de l’époque, une dizaine de bureaux furent implantés dont cinq aux portes de la ville (nous en reparlerons dans un prochain article consacré à l’octroi qui fut supprimé définitivement par la loi du 2-7-1943). Le bureau de la porte des Poissonniers devait se situer à peu près à l’angle de l’avenue de la Porte des Poissonniers et de la rue Jean-Cocteau actuelles.
Le bastion 36 En face de la courtine 35-36, la zone non aedificandi («où rien ne doit être construit » en latin) s’appelait Les Graviers ; celle faisant face au bastion 36 Les Vingt-Deux Arpents, sur un terrain occupé actuellement par l’université Paris-Sorbonne. Le bastion 36 était un bastion vide de 210m de flanc à flanc, construit derrière une ancienne redoute. Il se situait, avec un fossé dans sa partie ouest, à l’emplacement de l’actuel lycée Rabelais. Il enserrait, après 1860, un poste caserne, gros bâtiment de quatre étages en forme de U fermé par des grilles et un poste de garde – comme il en existe encore au 154, boulevard Davout.
La Porte de Clignancourt
Clignancourt vient du latin Clenini curtis, qui signifie « où il y avait des demeures seigneuriales ». Appelée parfois Porte Ornano, la Porte de Clignancourt fut ouverte dans la courtine entre les bastions 36 et 37 dès la construction de l’enceinte. Elle mettait en communication, au nord, le vieux chemin de la Procession du territoire de Montmartre — devenu depuis l’avenue Michelet — et, au sud, le chemin de Saint-Ouen — devenu boulevard Ornano en 1867, en souvenir du comte et maréchal de France Antoine Ornano (1784-1863). La partie de la voie située sur la zone à ne pas construire, qui s’étend jusqu’aux façades actuelles des rues du professeur Gosset et J.H. Fabre – données à Saint-Ouen par l’ancienne commune de Montmartre en 1860 –, deviendra l’avenue de la Porte-de-Clignancourt après l’annexion de 1930. La Porte elle-même, située à l’extrémité sud de cette même adresse, possédait deux corps de garde. Comme toutes les entrées principales de l’enceinte, la Porte de Clignancourt était aménagée dans une échancrure de la muraille. A l’origine, elle devait comporter un portique d’apparat à la Vauban, avec pont-levis à bras et chaînes. Mais ceux-ci ne furent jamais exécutés : on laissa les ouvertures telles quelles entre les courtines et les bastions. On se contenta, en cas de siège, de rétrécir les ouvertures par des madriers et de disposer des ponts-levis en bois. Le matériel était stocké en kit dans le voisinage des Portes. Le bastion 37
D’une largeur de 217 m, il occupait avec son fossé l’emplacement des actuelles rues Eugène-Fournière, René-Binet et Fernand-Labori. Les terrains non aedificandi qui s’étalaient face à ce bastion se nommaient Malassis (aujourd’hui, le stade Bertrand Dauvin) à l’est et la Remise des Malassis à l’ouest. A partir de 1880, c’est dans cette dernière que s’établirent, jusqu’au débouché de la rue des Rosiers, les chiffonniers chassés du centre de la capitale par la destruction des vieux taudis – les futurs puciers. La ligne de métro n°4 (Porte de Clignancourt/Porte d’Orléans), qui traverse Paris sur plus de 11 km du nord au sud, s’interrompait par une double boucle développée autour du bastion 37 sous les fortifications. Le bastion 38 et la Porte Montmartre Le bastion 38 a été édifié entre 1840 et 1845, en pleine campagne, à cheval sur la limite est des territoires de Saint-Ouen et de Montmartre. Identique aux précédents, il mesurait 200 m de flanc à flanc. Il occupait approximativement, avec son fossé, l’emplacement des rues Jean-Varenne, René-Binet et Marcel-Sembat. Le terrain inconstructible qui s’étalait en face se nommait la Haute Borne. Une poterne fut ouverte — au plus tard en 1860, date du déplacement de l’octroi de Paris — au saillant de ce bastion pour permettre la communication entre les anciens chemins de Montmartre (au nord) et du Poteau (au sud). Ce dernier menait autrefois à un lieu-dit où se dressait une potence. H. Perrodeau rappelle qu’en 1859 le maire de Saint-Ouen, Alexis Godillot, améliora le chemin de Montmartre, « allant en ligne droite de la route des Batignolles aux fortifications », ainsi que le chemin de la Chapelle - actuelle rue du Dr-Bauer, dont une partie a disparu entre la rue Bourdarias et la Porte des Poissonniers. Le 16 juillet 1890, une adjudication commandait la démolition de la poterne, effective dès le 2 août, qui fut remplacée peu après par la Porte Montmartre. Un peu moins large que la Porte de Clignancourt, elle possédait néanmoins deux corps de garde. La partie du chemin de Montmartre — devenu rue Napoléon puis rue de Montmartre — située sur la zone non aedificandi, qui s’étendait jusqu’aux actuelles rues du docteur Babinski et H.-Fabre, prit le nom d’avenue de la Porte-de-Montmartre — en 1926 pour la partie allant du boulevard Ney à la rue Henri-Huchard, à partir de 1931 pour le reste. Avec ses corps de garde et son fossé, la Porte de Montmartre se situait à peu près entre les rues J.-Varenne et Marcel-Sembat actuelles. La méridienne verte moderne passe par l’axe de cette Porte.
L'un des deux principaux axes de passage entre Paris et Saint-Ouen vers 1900 avec la Porte de Clignancourt : la Porte Montmartre. (Collection Geneviève Le Hallé)
Le blues des fortifs
Ainsi était configuré l’espace séparant Paris de Saint-Ouen au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Les « fortifs » — ou « lafs » en argot — constituaient une sorte de vaste refuge inviolable, où toute une faune marginale survivait : rôdeurs de barrières, petits truands à l’affût de rapine à effectuer dans les voitures qui attendaient au passage de l’octroi, et leurs partenaires féminines — les « gigoteuses » ou « amazones de barrières » qui utilisaient les recoins stratégiques pour monnayer une reddition rapide. Les manouches y jetaient l’ancre de leurs roulottes et faisaient cuire la viande sur des barbecues de fortune. Ils rempaillaient des chaises, tressaient des paniers et jouaient de la guitare. Le plus célèbre d’entre eux, Django Reinhardt, s’y roda les doigts et la grande chanteuse Fréhel y fit ses premières vocalises…
Le bastion 39 et l’hôpital Bichat
Le bastion 39 était un grand bastion vide de 225 m de flanc à flanc. Dès sa construction, immédiatement à l’est de la porte de Saint-Ouen, son intérieur fut organisé en caserne d’octroi. La zone non aedificandi (« à ne pas édifier », en latin) qui s’étendait jusqu’à la rue du Dr- Babinski actuelle s’appelait la Fosse aux chiens. En 1879, suite à la démolition d’une partie des bâtiments de l’ancien Hôtel-Dieu annexe, occasionnée par la destruction du Pont-au-double, on transforma en hôpital l’ancien poste caserne du bastion 39. Les travaux dirigés par l’ingénieur Tollet se terminèrent en mars 1882 et, le 1er décembre, l’hôpital ouvrait ses portes. Il comportait deux ailes en saillie, délimitant une cour étroite fermée par des grilles réunies au centre par l’ancien corps de garde transformé en conciergerie. On ajouta sur le côté deux pavillons de briques parallèles aux ailes du bâtiment primitif. L’hôpital dédié au médecin Marie-François- Xavier Bichat (1771-1802) disposait alors de 181 lits. En 1938, le bastion fut rasé; on en profita pour rénover l’hôpital et l’agrandir. Des travaux se poursuivent jusqu’en novembre 1940 et l’ouverture du service d’ophtalmologie, aussitôt après la démolition de la dernière aile du vieux bastion. Dans la nuit du 26 août 1944, en même temps que l’entrepôt de Bercy, l’hôpital Bichat est bombardé par les Allemands. Le pavillon d’habitation du personnel hospitalier en bordure du boulevard Ney est détruit. On déplore 10 morts et 3 blessés parmi les employés de l’hôpital.
La Porte de Saint-Ouen
Cette porte fut ouverte dans la courtine entre les bastions 39 et 40 dès la construction de l’enceinte. Elle mettait en communication l’avenue des Batignolles au nord et l’avenue de Saint-Ouen au sud. La partie de l’avenue des Batignolles située sur la zone non aedificandi s’étendant jusqu’aux façades actuelles des rues du Dr-Babinski et Toulouse-Lautrec est devenue l’avenue de la Porte-de-Saint-Ouen après l’annexion de 1930. Cette Porte, située à l’extrémité sud de l’avenue de la Porte-de-Saint-Ouen actuelle, possédait deux corps de garde. Jusqu’en 1859, l’actuel boulevard Ney était la route dite « militaire » qui desservait la fortification. Elle fut remise à la ville de Paris à cette date. En 1864, elle prit le nom du duc d’El Chingen, prince de la Moskova,Michel Ney,maréchal de France (1769-1815). En 1905, la seconde ligne métropolitaine de la gare Saint-Lazare à la Porte de Saint-Ouen fut tracée entre 8 et 14m de profondeur pour se terminer dans les marnes, sous les fortifications.
Le bastion 40
Il est édifié de 1840 à 1845, en pleine campagne, sur le territoire de Saint-Ouen. Identique aux précédents, il s’étendait sur une longueur de 230m de flanc à flanc, à peu près depuis l’emplacement formé par l’actuelle rue F.-Brunet pour son flanc ouest et à mi-chemin entre l’actuelle rue F.-Garnier et l’avenue de la Porte-de-Saint-Ouen — cette dernière formant à peu près l’axe du bastion. La zone non aédificandi qui s’étend jusqu’aux rues Fructidor et Toulouse-Lautrec actuelles se nommait les Épinettes. C’est aujourd’hui le stade Max-Rousie. Ce bastion enserrait avant 1860 un poste caserne formé par un gros bâtiment rectangulaire semblable à celui du 54, bd Davout.
Au bastion 40, pendant le siège de 1870, fut installée la pièce de longue portée que les Parisiens baptisèrent « la Joséphine» et qui eut un moment de célébrité. C’était un canon de 190cm sur affût particulier permettant de pointer la pièce en hauteur, puis de l’éclipser à l’abri du parapet après le tir. Cette invention du vice-amiral Labrousse fut le prototype des canons éclipsables des coupoles cuirassées Mougin en 1885 puis Galopin en 1889. «Lors de la capitulation de Paris, cet affût fut soigneusement déposé au Dépôt des cartes et plans, rue de l’Université, pendant la Commune. La Joséphine fut réinstallée au bastion 40 et servit contre nos troupes dans les combats livrés depuis Asnières. Par les soins de la Direction de l’artillerie de la marine, l’affût et le canon ont été enfin envoyés à Cherbourg», relate le vice-amiral de La Roncière-Le Noury.
Porte de Saint-Ouen vue du côté Saint-Ouen. À gauche, la courtine du bastion 39, à droite la courtine du bastion 40.
Petit passage du chemin de fer des docks et Porte Pouchet
Un tunnel fut creusé au milieu de la courtine 40/41, à l’origine pour permettre la communication ferroviaire entre le réseau du chemin de fer et les docks de Saint-Ouen. A sa sortie sur le boulevard Bessières, une sorte de grand portail décoratif avait été réalisé avec deux petits corps de garde. A l’ouest, entre le flanc est du bastion 41 et le tunnel, une ouverture fut insérée dans la muraille vers 1875 pour permettre à une petite voie — appelée « rue du Port-Saint-Ouen» — qui finissait en impasse à 600m du boulevard Bessières, de déboucher dans la campagne. Elle prit alors le nom de Louis Ezechiel Pouchet (1748-1809), industriel auquel sont dus d’importants perfectionnements dans le tissage du coton. La partie de la voie située sur le territoire de Saint-Ouen devint l’avenue de la Porte-Pouchet en 1929.
Le dernier bastion de Paris à Clichy (bastion 44) est-il en danger ?
Le plus grand bastion de l’immense fortification est par miracle toujours existant. Il s’agit du bastion 44, sur le territoire de Clichy, avec ses 300m de flanc à flanc. C’est le seul survivant, dans son intégralité, des 94 bastions qui entouraient Paris en 1870. Il est totalement égaré sur les vastes propriétés de la SNCF en arrière des anciens ateliers de montage et de peinture des décors de l’Opéra. Un début de démolition ayant été constaté en 1987, une demande de classement fut déposée à la commission du Vieux Paris en 1988, puis à nouveau en 2002.Toujours sans résultat.
Guy Le Hallé, historien de la fortification (A.R.E.H.A - Association de Recherches et d'Etudes Historiques Audoniennes) |