Que la lumière soit. Dès le XIIIe siècle, Paris éclaire ses rues, Saint-Ouen attend 1852 pour se soucier de l’éclairage public.
En 1258, Etienne Boileau, prévôt des marchands de Paris, imposa aux bourgeois d’éclairer leurs façades avec des chandelles. Cette mesure ne fut pas suivie d’effet et l’injonction dut être renouvelée à plusieurs reprises. Quatre siècles plus tard, en 1667, La Reynie fit distribuer des lanternes à poser sur les fenêtres. En 1763, M. de Sartine remplaça les chandelles par de l’huile. Les lanternes à réverbère étaient suspendues au milieu des rues, 5 mètres au dessus du sol. En 1829, l’éclairage au gaz s’implanta et les premiers candélabres en fonte virent le jour en 1830. Deux décennies plus tard, l’éclairage public apparaissait à Saint-Ouen.
Rue des Bateliers dans les années 1960. Le pied de nez des becs de gaz à la centrale électrique la plus moderne de l’époque. Photo Jean Jouvin
Les lanternes à huile en éclaireurs
Jusqu’en 1852, dès la nuit tombée, Saint-Ouen était plongée dans les ténèbres. Le 25 octobre de la même année, le Conseil municipal décide l’installation de dix-neuf lanternes pourvues de lampes à huile: quinze dans la commune proprement dite — le Vieux Saint-Ouen — et quatre dans le quartier de la gare. Le devis d’installation établi par le sieur Levant, fabricant établi au 67, rue du Meslay à Paris, s’élève à 2400 francs. Il est accepté par la municipalité le 1er mai 1853. En outre, une concession est dévolue à M. Levant, relative à l’entretien et au fonctionnement des lanternes, ainsi qu’au nettoyage des verreries. Son contrat est renouvelé jusqu’en 1864, quand le gaz prend progressivement la place de l’huile.
Du gaz dans les réverbères
Le 20 décembre 1863, le Conseil municipal établit un projet de transformation de l’éclairage à huile par le gaz de ville, qui prévoit l’installation de quarante-cinq becs à gaz. La dépense d’énergie, pour une moyenne d’éclairage de six heures par jour, est évaluée à 2 730 francs par an et les frais d’entretien à 821 francs. Le m3 de gaz est facturé 20 centimes pour l’éclairage public, 40 centimes pour le particulier. L’acquisition du matériel et des branchements s’élève à 8325 francs, payables en dix ans. En 1896, 7240 mètres de canalisation desservent la commune. Par arrêté du maire, Claude Guinot, deux postes d’allumeurs de réverbères sont créés. MM. Ertzbischof et Dumont prennent leurs fonctions en mars et avril 1896: ils ont pour mission d’allumer et d’éteindre les becs de gaz sur la voie publique à l’aide d’une perche. Ils perçoivent un salaire annuel de 1460 francs. Pour autant, le gaz ne s’impose pas uniformément. Pendant une cinquantaine d’années, plusieurs types d’éclairage vont cohabiter.
La diversification énergétique, dès le XIXe siècle !
D’abord, les anciens réverbères à huile ne disparaissent pas entièrement. Les appareils qui n’ont pas été transformés pour le gaz font l’objet d’un bail adjugé à M. Prigent jusqu’en 1883, qui passe ensuite à la Société générale d’éclairage des villes et campagnes. Le 2 décembre 1893 encore, M. Bretonnière, quincaillier sis au 148, avenue des Batignolles (l’actuelle avenue Gabriel-Péri), fournit à la voirie cent cinquante réverbères à huile avec verres et accessoires, au prix unitaire de 15 francs, soit 2 250 francs pour l’ensemble. Ensuite, des lanternes à essence sont installées : le 21 mars 1877, une commande de quarante-huit appareils d’éclairage à essence (cf. croquis) est passée à M. Edmond Berc, ferblantier, établi au 58, avenue des Batignolles. Enfin, des becs d’éclairage à pétrole sont utilisés.
Modèle de lampe à essence fabriquée par M. Edmond Berc, ferblantier à Saint-Ouen en 1877. Par adjudication du 8 février 1898, Saint-Ouen achète à la ville de Paris un lot de vieux candélabres et de lanternes, destinés à remplacer les poteaux en bois équipés de lampes à pétrole ; ce, afin de les remplacer par des becs de gaz. Mais le 26 novembre 1918, la transformation n’est toujours pas terminée. La Compagnie des wagons-lits— 17, rue de Clichy — se plaint ainsi de la lampe à pétrole fixée sur une palissade : elle est fortement délabrée et gêne la construction d’un nouveau mur de clôture.
La fée électricité
La première centrale électrique, utilisant l’éclairage par lampe à arc, date de 1889. La nouvelle Compagnie électrique sise au 4, quai de Seine, sollicite l’autorisation d’installer à titre expérimental un éclairage électrique à l’angle de la rue de Clichy. Une ligne aérienne de 600 mètres, installée dans le passage Lamonta (aujourd’hui disparu) assure la liaison avec la centrale électrique. L’alimentation se fait en courant continu. La technique de lampe à incandescence est alors en voie de perfectionnement. La première lampe Edison à filament de carbone date de 1878, mais elle est encore instable. C’est en 1906, avec l’arrivée du filament de tungstène, que la fiabilité de la lampe électrique s’affirme. Par la suite, les progrès se succéderont : avènement en 1918 des lampes à atmosphère gazeuse sans filament, puis des lampes à vapeur de mercure ou encore à sodium… C’est dans les années 1920 que s’impose définitivement un éclairage digne de ce nom. A ce jour, l’éclairage de la commune est partagé en six zones, qui comprennent cent quatre-vingt-dix-sept voies éclairées. Le réseau d’alimentation souterrain, d’une longueur de 7463 mètres, assure l’énergie nécessaire à deux mille six cent trente-six luminaires, avec une puissance installée de 420 kW.
… Et la lumière fut !
Félix Barbier (A.R.E.H.A - Association de Recherche et d'Etudes Historiques Audoniennes)s |