Nombreux furent les artistes qui s’intéressèrent à Saint-Ouen, le village d’abord puis la ville.
À l’exception des images des chroniques de France illustrant la fondation de l’ordre de l’Étoile à Saint-Ouen au XIVe siècle, le premier grand artiste à s’intéresser au village est Israël Silvestre (1621-1691).
Admirateur de Jacques Callot, c’est un grand illustrateur de l’univers urbain et de la cour. En 1672, il grava pour M. de Boisfranc le château que ce dernier s’était fait construire en bord de Seine par Le Pautre : magnifique gravure copiée tout au long du XVIIIe siècle et dédiée aux différents seigneurs de Saint-Ouen.
Beaucoup d’estampes, quelques peintures
Il n’existe aucune peinture de Saint-Ouen avant la Révolution, mais de très nombreuses estampes comme celles représentant la maison de campagne de Necker ou la vieille église.
Sous la Restauration, Louis Francia, en 1823, dédie deux œuvres qui représentent les bords de Seine aux deux plus célèbres habitants de la commune, la comtesse du Cayla et le baron Ternaux.
Les années 1830 voient aussi apparaître des gravures et des lithographies de la gare d’eau et du château du Cayla par des artistes «mineurs ». Saint-Ouen est toujours un village, auquel vont maintenant s’intéresser les peintres modernes que sont les photographes armés de leur daguerréotype ; ainsi Hyppolite Bayard qui, en 1841, photographie l’église et les bords de Seine. Mais c’est par un peintre que le marquis du Planty, maire, se fait « tirer le portrait » dans les années 1840. Sous Godillot, son successeur, Mayer peint en 1863 une charmante vue du village. D’Asnières à Argenteuil, les impressionnistes – Manet, Renoir, Sisley…– ont peint la banlieue et la Seine. Mais des guinguettes, des régates, des bords de Seine audoniens, point. À deux exceptions : Le passeur de l’Ile Saint-Ouen par Corot, et Saint-Ouen ou la pêche par Manet. Seurat s’intéresse aussi à Saint-Ouen, mais pour quelques sombres dessins au crayon des docks, de leur canal et de leur important centre ferroviaire. Malgré ce relatif désintérêt, il se raconte pourtant que c’est dans « l’Ile Saint-Ouen» – aujourd’hui Ile-des-Vannes – que Monet trouva le décor de son célèbre et scandaleux Déjeuner sur l’herbe.
Les Usines au clair de lune de Van Gogh
Van Gogh vécut en 1886 et 1887 avec son frère Théo à Paris. Il fit de nombreux tableaux sur la proche banlieue. Henri-Jean Mainguy, qui travailla à Saint-Ouen, connaît bien son œuvre. Peintre amateur, il en a réalisé quelques belles copies. Parmi elles, ces Usines au clair de lune, huile sur toile de dimensions modestes, dont l’original se trouve au musée Van Gogh d’Amsterdam, peint en 1887, que deux spécialistes allemands ont identifié comme étant une représentation des usines de Saint-Ouen au clair de lune.
Un autre peintre s’est aussi intéressé à Saint-Ouen : Charles Angrand, un ami de Seurat et de Signac, qui, en 1886, peint Terrains vagues à Saint-Ouen.
Au début du XXe siècle, Maurice Utrillo – dont la mère Suzanne Valadon est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen – peint, en 1909, Le marchand de couleurs à Saint-Ouen ; en 1910, il réalise Le petit château, en référence à la demeure qui appartint à Necker et à Ternaux.
Un ensemble « historique »
En juillet 1913, le premier sujet de la séance du conseil municipal est la décoration de la salle, suite à la décision des autorités supérieures. Il est décidé d’en confier la décoration, une suite de peintures marouflées, à Paul Gervais (1859-1944), élève de Gérome à l’école des Beaux-Arts de Paris. C’est un peintre reconnu, récompensé par de nombreux prix, auteur de commandes pour l’État et Toulouse, sa ville natale.
Paul Gervais choisit de traiter du village, des activités industrielles et du champ de courses qui, en 1917, n’existe plus. Dans un style réaliste, utilisant des couleurs vives et chatoyantes, l’artiste donne de Saint-Ouen une belle image, d’autant que l’ensemble est réalisé dans un pays en guerre et que des milliers d’Audoniens sont mobilisés. Il semble que les peintures sont mises en place en 1919. Elles ont été restaurées et classées monument historique voici quelques années.
D’autres artistes avant Gervais s’étaient aussi intéressés à l’hippodrome, comme Maximilien Luce, auteur d’un tableau et de dessins sur le thème. Pour sa part, le fils du directeur de l’école Zola, Francisque Poulbot, peignait avant 1905 l’école de son père.
La « zone » et les Puces
Le peintre Jean Lugnier, dont de nombreuses œuvres ont été léguées par sa veuve au musée de Saint-Ouen, réalise dans l’entre-deux-guerres des séries sur la « zone » et les Puces. Pendant la guerre, Jean Delpech, graveur bien connu des philatélistes, dessine la vie quotidienne des élèves de l’école d’apprentissage installée dans le château.
Un livre de 1951, Les week-ends à Saint-Ouen, écrit par Jean-Marc Champagne et préfacé par René Clair, est consacré aux marchés aux Puces et illustré d’aquarelles de Grau Sala.